La plupart des gens souffrent occasionnellement de maux d’estomac ou d’indigestion. Cette douleur est évidemment gênante et peut durer plusieurs heures, jusqu’à que ce qu’elle disparaisse d’elle-même ou grâce à des médicaments anti-acides.

Cependant, il faut savoir que certains des troubles les plus graves de l’estomac et des muqueuses gastriques, tels que la gastrite et l’ulcère gastroduodénal, sont plus susceptibles de se développer progressivement et de s’aggraver s’ils ne sont pas diagnostiqués et correctement traités. À long terme, ces troubles peuvent s’avérer dangereux.

Leur progression peut entrainer des situations nuisibles à votre santé en provoquant par exemple des hémorragie internes, des perforations ou blocages, ou même des maladies difficiles à traiter comme le cancer gastrique.

Protection de la muqueuse gastrique

Les cellules de la muqueuse gastrique produisent du mucus et du bicarbonate qui la protègent contre les effets nocifs des acides et des bactéries et des enzymes digestives qui aident à la décomposition des aliments au cours du processus de digestion.

Alors que le mucus forme une couche de protection pour la muqueuse de l’estomac, le bicarbonate aide à neutraliser l’acide gastrique. Lorsque ces mécanismes de protection sont affaiblis ou compromis, la muqueuse de l’estomac devient plus sujette à la gastrite et, éventuellement, à l’ulcère gastroduodénal.

Comprendre la gastrite et l’ulcère gastroduodénal

La gastrite se réfère à une inflammation de la muqueuse de l’estomac englobant la gastrite aiguë, la gastrite chronique et la gastrite atrophique.

La gastrite aiguë survient soudainement et, dans certains cas, peut évoluer en gastrite chronique. Comme la gastrite chronique progresse sur une longue période, elle provoque une usure lente et progressive de la muqueuse de l’estomac. Elle peut également entraîner une dysplasie ou une métaplasie, qui implique des modifications des cellules précancéreuses pouvant éventuellement conduire au cancer si elles ne sont pas traitées.

La gastrite peut provoquer des érosions ou des plaies superficielles dans la muqueuse de l’estomac, pouvant conduire à des plaies ouvertes plus profondes et plus grandes, appelées ulcères, qui se forment dans le tractus digestif supérieur, principale indication de l’ulcère gastroduodénal.

Les ulcères situés dans la paroi de l’estomac sont appelés ulcères gastriques, tandis que les ulcères qui se forment au début de l‘intestin grêle sont des ulcères duodénaux. Certaines personnes développent des ulcères gastriques et duodénaux, tandis que d’autres en développent qu’un sur deux.

Similitudes dans les causes principales

Ces deux pathologies ont plusieurs causes communes. Les deux causes principales de la gastrite et de l’ulcère peptique sont l’infection due à la bactérie Helicobacter Pylori (H. pylori) ainsi que l’utilisation d’analgésiques comme l’aspirine et l’ibuprofen par exemple, aussi appelés anti-inflammatoires non-stéroïdiens, ou AINS.

Ces AINS contribuent à ces deux pathologies en inhibant la production d’une enzyme qui aurait normalement des effets anti-inflammatoires sur l’estomac et aiderait à protéger la muqueuse de l’estomac contre les acides nocifs.

L’infection par la bactérie H. pylori provoque l’affaiblissement du mucus protecteur dans l’estomac et le duodénum, permettant ainsi à l’acide de pénétrer dans la muqueuse.

Les bactéries H. pylori et l’acide gastrique provoquent une irritation de la muqueuse gastrique et contribuent à la formation d’ulcères. H. pylori est également connu pour être un facteur de risque de cancer gastrique.

Bien que les taux de cancer gastrique aient globalement diminué, la communauté médicale est généralement favorable au traitement de l’infection à H. pylori peu de temps après sa détection, et les traitements antibiotiques sont très efficaces.

On pense que la génétique est un facteur de risque pour l’ulcère gastroduodénal. Des études ont montré que les personnes ayant des antécédents familiaux d’ulcère peptique étaient plus susceptibles d’être diagnostiquées avec cette pathologie.

Principaux symptômes et similitudes

La gastrite et l’ulcère peptique ont des symptômes en commun, même s’il arrive que certains patients atteints de gastrite n’ai aucun symptômes.
Parmi les symptômes, on trouve :

  • Douleur faible ou aigüe dans le haut du ventre
  • Sensation de ballonnement
  • Se sentir plein ou repu après seulement une petite quantité de nourriture
  • Brûlures, maux d’estomac
  • Rots fréquents
  • Diminution de l’appétit
  • Nausées, seules ou accompagnées de vomissement

Symptômes alarmants

Tous les problèmes d’estomac lié à l’acide ne sont pas forcément graves, et peuvent être soignés grâce aux anti-inflammatoires et antiacides.

Toutefois, lorsque la douleur à l’estomac persiste pendant au moins deux semaines, elle doit être traitée comme un symptôme d’alarme – un signe avant-coureur important d’une affection sous-jacente potentiellement grave nécessitant des soins médicaux urgents.

Outre la douleur persistante, les autres symptômes d’alarme sont les suivants :

  • L’anémie, qui peut être le résultat d’une perte de sang due à divers facteurs, notamment les ulcères, certains types de cancer et l’utilisation d’aspirine et d’autres analgésiques.
  • Avoir des selles noires ou de couleur rougeâtre, indiquant la présence de sang.
  • Nausées et vomissements, en particulier des vomissements de sang ou des vomissements qui ressemblent à du marc de café noir.
  • Perte de poids inexpliquée représentant environ 10% du poids corporel total sur une période de plusieurs semaines à plusieurs mois.
  • Douleur persistante, en particulier « douleur de réveil », qui survient pendant la nuit et est suffisamment grave pour vous réveiller brusquement du sommeil.

Diagnostique et traitement

En ce qui concerne la gastrite et l’ulcère peptique, la première étape du diagnostic consiste à déterminer si une infection à H. pylori est présente ou non, car H. pylori nécessite généralement un type de traitement différent de celui utilisé dans les cas de gastrite ou d’ulcère gastroduodénien. Le test de H. pylori peut être effectué avec du sang, l’haleine, les selles ou des tests de dépistage / biopsie.

Le traitement de H. pylori prend généralement deux semaines environ, parfois plus longtemps, et combine plusieurs médicaments, dont des antibiotiques pour tuer la bactérie et un médicament inhibiteur de l’acide, appelé inhibiteur de la pompe à protons (IPP). Des tests de diagnostic de suivi sont souvent recommandés pour confirmer que l’infection à H. pylori a été éliminée avec succès.

Si un ulcère est suspecté dans le tractus gastro-intestinal supérieur, votre médecin peut vous recommander une gastroscopie, une procédure endoscopique pour inspecter visuellement l’intérieur de votre estomac et de votre intestin grêle.

L’endoscopie est une procédure dans laquelle un tube fin et flexible muni d’une petite caméra montée sur l’embout est inséré dans la gorge et dans l’œsophage, l’estomac et l’intestin grêle. La caméra peut révéler des sites d’ulcère potentiels et l’endoscope peut prélever des échantillons de tissus pour une analyse de suivi.

Transit Oeso-Gastro-Duodénal (TOGD)

La gastrite et l’ulcère peptique peuvent tout deux être diagnostiqué par l’endoscopie, ou bien par le transit Oeso-Gastro-Duodénal (TOGD), aussi connu sous le nom de gorgée barytée.

La procédure implique une série de radiographies gastro-intestinales du système digestif, y compris de l’estomac et de l’intestin grêle. Le patient avale un liquide crayeux contenant du sulfate de baryum, une substance qui améliore la visibilité des ulcères sur les radiographies

Traitement de réduction de l’acide

Dans les cas de gastrite et d’ulcère peptique qui ne sont pas dus à la bactérie H. pylori, la plupart des traitements inclus des médicaments comme les antiacides, les anti-histaminique et les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), qui inhibent la production d’acide dans l’estomac. La plupart des patients atteints d’ulcère peptique répondent bien aux traitements en utilisant deux types de médicaments ou plus pour réduire les acides et protéger la muqueuse de l’estomac et du duodénum.

La durée du traitement peut varier de plusieurs semaines à plusieurs mois.

L’influence du microbiote intestinal (flore intestinale)

Au-delà des maladies de l’estomac, de plus en plus de recherches sur les micro-organismes qui peuplent le tractus gastro-intestinal, appelé microbiote intestinal, indiquent un lien potentiellement fort entre les déséquilibres du microbiote intestinal et les troubles inflammatoires tels que l’obésité et le diabète de type 2, ainsi que des infections et des troubles du système immunitaire.

 

La communauté scientifique continue les recherches pour mieux comprendre le microbiote intestinal. Ainsi, les années à venir pourraient voir un certain nombre de progrès dans la prévention et le traitement des maladies.

 

By Dr. Suriya Chakkaphak, Digestive Disease Center, Bumrungrad International Hospital